Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/43

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tatait avec terreur son indifférence invincible pour tout son passé, pour les choses, les habitudes, les gens qu’elle avait aimés et qui l’aimaient, pour son père, si bon, et qu’autrefois elle chérissait tant. Parfois elle était effrayée de cette indifférence, mais parfois aussi elle se réjouissait en songeant à sa cause déterminante. Elle ne pouvait rien désirer, rien se représenter en dehors de sa vie avec cet homme. Mais cette nouvelle vie n’avait pas encore commencé et elle ne pouvait même s’en faire une idée.

C’était l’attente mêlée de crainte et de joie du nouveau et de l’inconnu. Mais cette attente de l’inconnu, ce remords de ne pas regretter le passé, allaient avoir une fin. La nouvelle vie allait commencer, et en présence de l’inconnu, elle ne pouvait s’empêcher de trembler ; depuis six semaines, l’heure décisive avait sonné, et ce jour n’était que la consécration de ce qui s’était alors accompli en son âme.

Le prêtre, se retournant de nouveau vers le lutrin, saisit avec peine la petite bague de Kitty et, prenant la main de Lévine, la lui glissa dans la première phalange de son doigt.

« … Le serviteur de Dieu, Constantin, s’unit à la servante de Dieu, Catherine ».

Puis passant le large anneau de Lévine dans le petit doigt rose et délicat de Kitty, il répéta la même formule.