Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/129

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Mais d’où venait le mensonge et d’où venait la vérité ? Le mensonge ainsi que la vérité existent dans la tradition, dans ce qu’on appelle la sainte Tradition et les Écritures. Le mensonge ainsi que la vérité sont transmis par ce qu’on appelle l’Église.

Malgré moi j’étais ainsi amené à l’étude, à l’examen, de cette Écriture et de cette Tradition, examen que j’avais tant redouté jusqu’à ce jour.

Je m’adressai donc à l’étude de cette même théologie que jadis j’avais rejetée avec mépris, comme inutile. Alors elle me paraissait n’être qu’une série d’absurdités ; alors, de tous côtés, j’étais entouré par les phénomènes de la vie, qui me paraissaient clairs et pleins de sens, tandis que maintenant, j’aurais été content de rejeter ce qui ne rentrait pas dans mon cerveau sain. Mais je ne savais où aller. Sur cette doctrine religieuse est basée, ou du moins liée indissolublement, l’unique connaissance du sens de la vie qui me soit révélée. Quelque bizarre que cela paraisse à ma vieille et ferme raison, c’est le seul espoir d’être sauvé. Il faut l’examiner prudemment et avec attention pour la comprendre, même moins bien que je ne comprenais les propositions scientifiques. Je ne cherche pas et ne puis chercher à la comprendre aussi parfaitement, sachant la bizarrerie de la science de la religion. Je ne chercherai pas l’explication de tout. Je sais que l’explication de tout, ainsi que le commencement de tout, doit se cacher dans l’infini.