Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/138

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dans la charité demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui.

… Si quelqu’un dit : J’aime Dieu, et qu’il haïsse son frère, il est menteur ; car celui qui n’aime point son frère qu’il voit, comment peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas ?

(Ib. iv, 7, 8, 12, 16, 20.)

I

Un cordonnier vivait avec sa femme et ses enfants dans une chambre louée à un paysan, car il ne possédait ni maison ni terre, et gagnait de quoi nourrir sa famille par son métier de cordonnier. Le pain était cher, le travail peu payé ; il mangeait tout ce qu’il gagnait. Il n’avait pour lui et sa femme qu’une seule pelisse, et encore s’en allait-elle en loques. Depuis deux années déjà, le cordonnier cherchait à acheter quelques peaux de mouton pour s’en faire une pelisse neuve. Vers l’automne, il se trouva possesseur d’un peu d’argent ; trois roubles en papier étaient là, dans le coffre de la femme. Des paysans du village leur devaient cinq roubles et vingt kopeks. Un matin, le cordonnier résolut d’aller au bourg acheter sa pelisse. Il revêtit la jaquette en nankin ouaté de sa femme, mit par dessus un cafetan de drap, plaça les trois roubles dans sa poche, prit son bâton et partit après le déjeuner. « Je toucherai les cinq roubles des paysans ; avec cela et les trois roubles que j’ai, j’aurai de