Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/185

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Ils comparurent chez le juge de paix et devant le tribunal du village.

Au cours du procès, la cheville de la charrette disparut de chez Gavrilo. Les femmes accusèrent du vol le fils d’Ivan.

— Nous l’avons vu pendant la nuit passer devant la fenêtre et s’approcher de la charrette, dirent-elles, et une commère a raconté qu’il est allé chez le cabaretier offrir la cheville.

On retourna en justice ; et d’une maison à l’autre, chaque jour c’étaient des disputes et des batailles. Les enfants se répétaient les injures de leurs parents, et les femmes, quand elles se trouvaient ensemble à la rivière, faisaient marcher leurs battoirs moins que leurs langues, et toujours pour s’agonir.

Au commencement, les deux paysans s’étaient bornés à se calomnier l’un l’autre ; mais ils en vinrent à faire main basse sur tout ce qu’ils voyaient traîner. Ils invitèrent même leurs femmes et leurs enfants à en faire autant. Tout alla de mal en pis.

Ivan Stcherbakov et Gavrilo le boiteux demandèrent justice au mir, au tribunal du village, au juge de paix. Ils eurent bientôt fatigué tous les juges. Tantôt c’était Gavrilo qui cherchait à faire condamner Ivan à l’amende ; tantôt Ivan se démenait pour faire mettre à la salle de police Gavrilo. Et plus ils se nuisaient, plus ils se haïssaient. Quand deux chiens s’entreprennent, plus ils se battent,