Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/186

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plus ils deviennent furieux ; frappe-t-on l’un des deux par derrière, il croit que l’autre l’a mordu, et sa rage s’en accroît : tels ces deux paysans. Ils vont au tribunal, on les punit tour à tour de l’amende ou de la prison ; et, à chaque fois, ils s’irritent de plus en plus l’un contre l’autre : « Attends un peu, tu me le paieras ! »

Les choses restèrent en cet état pendant six ans.

Seul le vieillard, couché sur le poêle, rabâchait toujours la même chose, voulant leur faire entendre raison.

« Que faites-vous, enfants ? Laissez donc toutes ces histoires ; vous n’entendez rien à vos intérêts. Ne vous acharnez donc pas ainsi contre votre prochain, cela n’en vaudra que mieux. Plus vous vous entêterez, plus vous en souffrirez. »

Mais personne n’écoutait le vieillard.

La septième année, un jour, à une noce, la bru d’Ivan se mit à faire honte à Gavrilo devant tout le monde, en lui criant qu’on l’avait rencontré avec des chevaux qui ne lui appartenaient pas.

Gavrilo avait bu ; il ne put se maîtriser et frappa la femme. Il la frappa tellement qu’elle dut s’aliter pour huit jours ; et elle était alors enceinte.

Ivan, enchanté de l’occasion, alla porter plainte chez le juge d’instruction : « À présent, pensait-il, me voilà débarrassé de mon voisin ; il ira sûrement en prison et peut-être en Sibérie. »

Mais il fut vite déçu. Le juge d’instruction n’admit