Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/209

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de lâcheté, point de défection ! » et lorsqu’il est venu tous ont disparu dans le buisson.

Les disputes devinrent de plus en plus fréquentes, et les paysans jurèrent de se débarrasser du gérant. Celui-ci annonça aux paysans, au cours de la semaine sainte, qu’ils auraient à labourer les terres pour l’avoine, pendant la semaine de Pâques.

Cet ordre irrita extrêmement les paysans. La semaine sainte, ils s’assemblèrent chez Vassili et recommencèrent à délibérer.

— S’il a oublié Dieu, s’il agit de la sorte, alors il faut le tuer pour de bon, disaient-ils. Nous n’en mourrons pas moins si nous ne le faisons pas.

Pierre Mikheev vint aussi. C’était un homme timide, et il n’aimait point prendre part aux discussions. Il vint cependant, écouta et dit :

— C’est un grand péché que vous méditez là, mes frères. Perdre une âme est chose grave. Il est facile de perdre l’âme d’autrui mais alors, comment s’en trouve-t-on soi-même ? Il fait le mal ? Le mal reste avec lui. Il faut le supporter, mes frères.

Vassili se fâcha :

— Il rabâche toujours la même chose : c’est péché de tuer un homme ! Certes, oui, mais quel homme ! C’est un crime d’en tuer un bon, mais un tel chien ! Dieu même le veut. Il faut tuer les chiens enragés, si l’on a pitié des hommes. Si on ne le tuait pas, ce serait un plus grand péché. À combien