Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/210

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de gens fera-t-il encore du mal sans cela ! Et nous, si nous avons à expier sa mort, nous souffrirons pour les autres. On nous dira merci. Si nous n’agissons pas, il fera du mal à tout le monde. Tu dis là des sottises, Mikheev. Sera-ce un moins grand péché de travailler pendant la fête du Christ ? Mais toi-même tu n’iras pas ?

Mikheev répondit :

— Et pourquoi n’irais-je pas ? Si on m’envoie labourer, j’irai. Ce n’est pas pour moi que je travaille, et Dieu saura à qui incombe le péché. Nous devons seulement ne pas l’oublier. Ce n’est pas moi qui parle ainsi, mes frères. S’il fallait combattre le mal par le mal, Dieu l’aurait proclamé, tandis qu’il est dit, au contraire : si tu t’efforces de faire disparaître le mal, tu le prends sur toi-même. Ce n’est pas difficile de tuer un homme, mais le sang tachera ton âme. Tuer un homme, c’est ensanglanter son âme. Tu crois avoir tué un méchant, tu penses avoir détruit le mal… et tu t’aperçois que tu souffres d’un mal pire. Supporte le mal et tu le vaincras.

Après cela, les paysans ne prirent aucune résolution. Les avis étaient partagés. Les uns pensaient comme Vassili, les autres étaient du côté de Pierre et, pour ne pas pécher, préféraient patienter.

Le premier jour, le dimanche, on laissa les paysans observer la fête. Le staroste, avec les anciens, vint le soir annoncer qu’il y avait un ordre