Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/214

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— Est-ce bien tracé ?

— Oui. Je n’ai rien vu de mal fait. Ils ont peur.

— Est-ce que la terre s’ouvre bien ?

— Très bien, elle se poudroie comme de la graine de pavot.

Le gérant garda le silence quelques instants.

— Et que dit-on de moi ? On m’insulte ?

Le staroste parut embarrassé. Michel Séménovitch lui ordonna de dire toute la vérité.

— Parle sans crainte. Ce ne sont point tes paroles que tu prononceras, mais les leurs. Si tu dis la vérité, je te récompenserai ; si tu me caches quelque chose, je te fouetterai. Ne te fâche point… Hé ! Katucha ! Donne-lui un verre d’eau-de-vie pour l’encourager.

La cuisinière alla chercher de l’eau-de-vie et l’apporta au staroste. Il but à la santé, avala le contenu du verre, s’essuya la barbe. « Tant pis, pensa-t-il, ce n’est pas de ma faute qu’on ne dise pas de bien de lui. Je dirai la vérité puisqu’il le veut. » Et il commença :

— On murmure, Michel Séménovitch, on murmure…

— Mais que dit-on ? Parle.

— On dit qu’il ne croit pas en Dieu.

Le gérant se mit à rire.

— Qui a dit cela ?

— Tout le monde. On dit aussi qu’il a commerce avec le diable.