Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/241

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caftan sous sa tête et se recoucha. Il resta ainsi longtemps. Les coqs avaient déjà chanté quand il commença à s’endormir…

Tout à coup, il lui semble qu’il s’est réveillé. Il se voit tout habillé, avec sa besace et son bâton. Il va franchir la porte d’entrée ; elle est juste entrebâillée pour laisser passer un homme. Il marche vers la porte, mais son sac s’accroche d’un côté ; il veut le dégager et s’accroche de l’autre côté par son soulier ; le soulier se défait. À peine est-il libre qu’il se sent de nouveau retenu, non par la clôture, mais par la petite fille qui le tient en criant : « Grand’père ! Petit grand’père ! du pain ! » Il regarde son pied, c’est le petit garçon qui agrippe sa chaussette ; et, de la fenêtre, la vieille et le paysan le regardent.

Elisée s’éveilla : « Demain, se dit-il, je rachèterai le champ et le pré ; en outre j’achèterai un cheval pour l’homme, de la farine pour attendre la prochaine moisson, et une vache pour les enfants ; car autrement, je m’en irais chercher le Christ par delà les mers, mais je le perdrais en moi-même. Il faut s’entr’aider. »

Il s’endormit jusqu’au matin, se leva de bonne heure, se rendit chez le riche paysan et racheta les semailles et le pré. Il racheta aussi la faux, qui avait été vendue et la rapporta à la maison. Il envoya le paysan faucher, et lui-même s’en fut chez le cabaretier pour y trouver un cheval et