Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/242

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une charrette à vendre. Il marchanda, acheta, fit emplette de farine, mit le sac sur la charrette, et partit ensuite pour acheter une vache. Tandis qu’il marchait dans la rue, Elisée vit devant lui deux femmes de l’Ukhraine qui cheminaient en bavardant entre elles. Elisée entendit qu’elles parlaient de lui. L’une d’elles disait : «D’abord on n’a pas su quel était cet homme ; il est très simple… On a pensé que c’était un pèlerin ordinaire… Il entra pour demander à boire, et demeura chez eux… On dit qu’il leur a acheté tout… Je l’ai vu moi-même aujourd’hui chez le cabaretier leur acheter un cheval et une charrette. Il existe donc au monde des gens pareils ! Il faut aller voir. »

Elisée entendit ces propos et comprit qu’on le louait. Alors il n’alla pas acheter la vache. Il revint chez le cabaretier, et lui paya le cheval. Il attela, chargea le sac de farine et prit le chemin de l’izba. Arrivé à la porte d’entrée, il s’arrêta et descendit de la charrette. Les habitants du logis aperçurent le cheval et s’étonnèrent. Ils pensaient bien que le cheval avait été acheté pour eux ; mais ils n’osaient le dire. Le paysan vint ouvrir la porte.

— Où t’es-tu procuré ce cheval, dit-il, mon bon vieux ?

— Mais je l’ai acheté, répondit Elisée… C’est une occasion ; fauche-lui un peu d’herbe pour la nuit ; et ôte le sac.

Le paysan détela le cheval, porta le sac dans