Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/298

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nissait. Le lundi, chacun repartait de son côté. Ils vécurent ainsi pendant de longues années, et chaque semaine, l’ange de Dieu descendait sur eux et les bénissait.

Un lundi, comme ils venaient de se séparer pour aller chacun de son côté, à sa besogne, l’aîné se sentit soudain tout affligé d’avoir quitté son frère bien aimé. Il s’arrêta et tourna la tête. Jean cheminait tête baissée, et sans regarder en arrière. Tout à coup, il s’arrêta, comme s’il eût aperçu quelque chose, et, abritant ses yeux avec la main, regarda fixement de ce côté. Puis, il s’approcha de ce qu’il voyait, fit aussitôt un bond de côté, descendit en courant la colline et remonta l’autre versant, bien loin de l’endroit où l’on eût pu croire qu’une bête féroce l’avait poursuivi.

Très intrigué par ce manège, Athanase revint sur ses pas pour voir ce qui avait pu effrayer ainsi son frère. À mesure qu’il avançait, il voyait de loin quelque chose luire au soleil. Quand il fut tout près, il aperçut un tas d’or étalé sur le sol. Athanase s’étonna à cette vue et comprit moins encore la fuite de son frère.

« Pourquoi a-t-il eu peur ? Pourquoi s’est-il sauvé ? » se demandait-il. « Il n’y a pas de péché dans l’or ; c’est dans l’homme qu’est le péché. Si l’or peut engendrer le mal, il engendre aussi le bien. Que d’orphelins et de veuves on peut nourrir avec de l’or ! Que d’êtres nus on peut vêtir, que de