Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/323

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« II faut maintenant que je m’apprête pour l’avoine » dit-il.

Le diablotin à la queue coupée l’entend et pense : « Je n’ai pu l’attraper au seigle, mais je l’attraperai à l’avoine. Ce sera pour demain matin. »

À l’aube, il arriva au champ d’avoine. L’avoine était déjà coupée. Ivan avait travaillé la nuit pour perdre moins de grains. Le diablotin se fâcha : « Il a tout terminé, et il m’a fait très mal, l’Imbécile. Même à la guerre je n’ai pas eu pareil tracas. Il ne dort pas, le maudit. Impossible de le devancer. Je vais aller maintenant dans les meules pour les faire pourrir. » Et le diablotin courut aux meules de seigles, se glissa dans les gerbes et s’occupa de les pourrir. Il les échauffa, s’échauffa lui-même et s’endormit.

Ivan attela sa jument et s’en alla avec la fille chercher les gerbes. Il arrive à la meule enlève deux gerbes avec la fourche et juste empale le diablotin. Il retire la fourche et qu’apercoit-il ? Un diablotin vivant au bout de sa fourche, et avec la queue coupée ! Il se tortille, gigote, essaye de se sauver.

— Hé ! la sale bête ! te voilà encore !

— Je suis un autre, répond-il. L’autre, c’était mon frère ; et moi j’étais chez ton frère Simon.

— Qui que tu sois, n’importe. Tu auras le même sort.

Il voulut l’écraser sur le sol, mais le diablotin l’implora :