Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/342

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— Eh bien ! qu’ils s’en aillent. Ils auront du temps pour travailler. Qu’ils enlèvent le fumier, il n’y en a que trop d’accumulé.

On vint demander justice à Ivan. L’un se plaignait que l’autre lui avait volé de l’argent.

— Eh bien ! c’est qu’il en avait besoin ! dit Ivan.

Tous apprirent ainsi qu’Ivan était un imbécile. Et sa femme lui dit :

— On dit que tu es un imbécile.

— Eh bien ! soit. Qu’on le dise !…

La femme d’Ivan se prit à réfléchir, à réfléchir ; elle était, comme lui, une imbécile.

— Que faire ? dit-elle. Je ne puis m’opposer à la volonté de mon mari. Où va l’aiguille, suit le fil.

Elle ôta sa robe de tzarine, la mit dans le coffre, et se rendit chez la muette pour apprendre à travailler. Elle apprit à travailler et se mit à aider son mari.

Bientôt tous les gens sensés quittèrent le royaume d’Ivan, il n’y resta que des imbéciles. Personne n’avait d’argent ; on vivait en travaillant ; on se nourrissait et l’on nourrissait les autres.