Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/373

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fait de même. Tu ne peux pas me refuser d’entrer. »

Derrière la porte du paradis la voix se tut.

Au bout d’un instant le pécheur se remit à frapper, suppliant qu’on le laissât entrer dans le royaume du ciel.

Et il entendit, derrière la porte, une autre voix qui disait : « Quel est cet homme, et quels actes a-t-il accomplis sur la terre ? »

Et de nouveau, la voix de l’accusateur répondit, énumérant tous les péchés que l’homme avait commis ; et il ne cita pas une seule bonne action.

Et la voix reprit, derrière la porte : « Un si grand pécheur ne peut vivre avec nous en Paradis ; va-t-en. »

L’homme dit alors : « Seigneur, j’entends ta voix, mais je ne vois pas ta face et ne sais point ton nom ! »

Et la voix répondit : « Je suis le roi prophète David. »

Le pécheur ne se désespéra point. Il resta à la porte du paradis, et dit :

« Aie pitié de moi, roi David ! Rappelle-toi la faiblesse de l’homme et la bonté de Dieu. Dieu t’aimait ; il t’avait placé au-dessus de tous les autres hommes. Royaume, gloire, or, femmes, enfants, tu avais tout. Mais une fois, du haut de la terrasse, tu aperçus la femme d’un pauvre homme, tu te laissas séduire par le péché, tu pris la femme d’Uri,