Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/40

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l’ivresse dissipée on ne peut se dispenser de voir que tout cela n’est que supercherie et supercherie stupide !

Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il n’y a rien de risible ni de spirituel en cela, c’est tout simplement cruel et stupide.

On connaît depuis longtemps ce conte oriental d’un voyageur surpris dans le désert par un animal furieux. Pour échapper à l’animal, le voyageur se précipite dans un puits très profond ; mais au fond de ce puits il voit un dragon, la gueule ouverte pour le dévorer. Et le malheureux, n’osant sortir pour ne pas être la proie de la bête féroce, n’osant descendre au fond du puits pour ne pas être dévoré par le dragon, se cramponne aux branches d’un buisson sauvage qui pousse dans une fente du puits. Ses mains faiblissent, il sent que bientôt il devra s’abandonner à la perte certaine qui l’attend des deux côtés. Mais il se cramponne toujours et s’aperçoit que deux souris, l’une blanche, l’autre noire, rongent le tronc du buisson auquel il est suspendu. Le buisson va être coupé… il tombera dans la gueule du dragon. Le voyageur voit cela et sait qu’il périra inévitablement. Mais pendant qu’il est ainsi suspendu il cherche autour de lui et découvre sur les feuilles du buisson des gouttes de miel. Il les atteint avec la langue et les lèche.

C’est ainsi que je me cramponne aux branches de la vie sachant que le dragon de la mort, prêt à