Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/430

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dans le blé ; et de nouveau on le poursuivait. Sur la route, la femme pleurait et disait :

— Ils vont estropier mon veau !

Le filleul dit alors aux paysans :

— Pourquoi vous y prenez vous ainsi ? De cette façon vous n’en viendrez jamais à bout. Sortez tous du blé et que la femme appelle son veau.

Les paysans obéirent. La femme s’approcha du champ et se mit à appeler le veau. Celui-ci tendit l’oreille, écouta et courut vers la femme. Il alla tout droit à elle, et frotta si fort son museau contre elle qu’elle faillit tomber. Les paysans, la femme et le veau étaient tous contents.

Le filleul poursuivit sa route et pensa : « Je vois maintenant que le mal est engendré par le mal. Plus les gens poursuivent le mal, plus ils l’augmentent. On ne doit donc pas détruire le mal par le mal. Mais comment le détruire ? Je l’ignore. Le veau a écouté sa maîtresse, c’est bien ; mais s’il ne l’avait pas écoutée, comment le faire sortir ? »

Et le filleul réfléchissait, réfléchissait, sans pouvoir trouver de solution. Il marcha plus loin.