Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/445

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bouche d’eau, arrosa le tison, et s’assit pour se reposer. Il se repose et pense :

« J’ai péché, je commence à avoir peur de la mort. Si Dieu le veut, je rachèterai mes péchés par la mort. » Tout à coup, il entend le brigand passer en jurant et il pense : « Sauf Dieu, personne ne me fera ni bien ni mal. » Et il alla à la rencontre du brigand. Il vit passer le brigand. Le brigand n’était pas seul ; il portait en croupe un homme les mains liées, la bouche bâillonnée. L’homme, gémissait et le brigand jurait. Le filleul s’approcha du brigand, se mit devant le cheval, et dit :

— Où mènes-tu cet homme ?

— Je l’emmène dans la forêt. C’est le fils d’un marchand ; il ne veut pas me dire où est caché l’argent de son père. Je le torturerai jusqu’à ce qu’il me le dise.

Et le brigand voulut poursuivre sa route. Le filleul saisit le cheval par la bride, ne le lâche pas et dit :

— Laisse cet homme !

Le brigand se fâche et dit :

— Est-ce que tu veux subir le même sort ? Je te promets que je te tuerai ; lâche mon cheval !

Le filleul ne s’effraie point :

— Je ne te crains pas, dit-il ; je ne crains que Dieu, et Dieu ne m’ordonne pas de te laisser passer. Laisse cet homme !

Le brigand fronça les sourcils, sortit son couteau,