Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/448

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toi l’âme de Dieu. Tu te tourmentes, et tourmentes les autres, et tu seras tourmenté encore plus. Et Dieu t’aime cependant ! Il t’a réservé de grandes joies ! Ne sois pas ton propre bourreau. Change ta vie.

Le brigand fronça les sourcils et se détourna :

— Laisse-moi, dit-il.

Le filleul, enlaçant plus fortement le genou du brigand, se mit à pleurer à chaudes larmes.

Alors le brigand leva les yeux sur le filleul. Il le regarda longuement, puis descendit de cheval, et tomba à genoux devant le filleul.

— Vieillard, dit-il, tu m’as vaincu. Vingt ans j’ai lutté contre toi. Tu l’as emporté sur moi. Maintenant je ne suis plus maître de moi. Fais de moi ce que tu voudras. Quand tu m’exhortas la première fois, je n’en devins que plus méchant. C’est seulement quand je t’ai vu t’éloigner du monde que je me suis mis à méditer tes paroles, et j’ai vu que toi-même n’avais besoin de rien qui te vînt des hommes. C’est alors que je me mis à suspendre des petits sacs de biscuits, pour toi.

Alors le filleul se souvint que la femme n’était parvenue à nettoyer la table qu’après avoir lavé le torchon. Lui-même avait purifié le cœur des autres en cessant de penser à soi en purifiant son propre cœur.

— Et mon cœur à changé, continua le brigand, seulement quand tu n’as pas craint la mort.