Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/63

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suis aussi amassé de l’argent et de l’or, et les plus précieux joyaux des rois et des provinces ; je me suis acquis des chanteurs et des chanteuses, et les délices des hommes, une harmonie d’instruments de musique, même plusieurs harmonies de toutes sortes d’instruments ; je me suis agrandi et me suis accru plus que tous ceux qui ont été avant moi à Jérusalem, et avec cela ma sagesse est demeurée en moi. Enfin je n’ai rien refusé à mes yeux de tout ce qu’ils ont demandé, et je n’ai épargné aucune joie à mon cœur… Mais ayant considéré tous les ouvrages que mes mains avaient faits et tout le travail auquel je m’étais occupé pour le faire, voilà que tout était vanité et tourment d’esprit ; de sorte que l’homme ne tire aucun avantage de ce qui est sous le soleil. Puis je me suis mis à considérer tant la sagesse que les sottises et la stupidité mais j’ai bien connu aussi qu’un même accident leur arrive à tous. C’est pourquoi j’ai dit en mon cœur : Il m’arrivera comme à l’insensé. Pourquoi donc ai-je été alors plus sage ? C’est pourquoi j’ai dit en mon cœur que cela aussi était une vanité.

« La mémoire du sage ne sera point éternelle, non plus que celle de l’insensé, parce que dans les jours à venir tout sera déjà oublié. Et pourquoi le sage meurt-il de même que l’insensé ? C’est pourquoi j’ai haï cette vie, parce que les choses qui se sont faites sous le soleil m’ont déplu, parce que tout est vanité et tourment d’esprit. J’ai aussi haï tout mon