Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/64

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travail qui a été fait sous le soleil, parce que je le laisserai à l’homme qui sera après moi…

«… Car, qu’est-ce que l’homme tire de tout son travail, du tourment de son cœur, dont il se fatigue sous le soleil ? Car tous ses jours ne sont que douleurs, et son occupation n’est que chagrin ; même la nuit son cœur ne repose point. Cela aussi est une vanité. N’est-ce donc point le bien de l’homme, qu’il mange et qu’il boive, et qu’il fasse que son âme jouisse du fruit de son travail ?…

«… Tout arrive également à tous ; un même accident arrive au juste et au méchant ; à l’homme bon, à l’homme pur et à l’homme souillé ; à celui qui sacrifie et à celui qui ne sacrifie point ; le pécheur est à cet égard comme l’homme de bien : celui qui jure comme celui qui craint de jurer. C’est ici une chose fâcheuse entre toutes celles qui se font sous le soleil, qu’un même accident arrive à tous, et qu’aussi le cœur des hommes est rempli de mal, et qu’ils ont des folies dans le cœur durant leur vie ; après quoi ils s’en vont vers les morts. Car il y a de l’espérance pour tous ceux qui sont associés aux vivants, et même un chien vivant vaut mieux qu’un lion mort. Certainement les vivants savent qu’ils mourront ; mais les morts ne savent rien, ils ne gagnent plus rien, car leur mémoire est mise en oubli. Aussi leur amour, leur haine, leur envie ont déjà péri, et ils n’ont plus aucune part au monde dans tout ce qui se fait sous le soleil. »