Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/108

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Petrovitch — continua le vieux — comment mon Ilinka a-t-il passé l’examen ? Il m’a dit qu’il serait avec vous, alors ne l’abandonnez pas, veillez sur lui, suivez-le, conseillez-le.

— Mais il a passé très bien — répondis-je en regardant Ilinka qui, sentant mon regard sur lui, rougit et cessa de marmonner.

— Eh ! peut-il passer la journée avec vous ? — demanda le vieillard avec un sourire timide comme s’il avait eu peur de moi.

Et il me suivait toujours, et de si près, que je ne cessai pour une seconde de sentir l’odeur du vin et du tabac dont il était pénétré ; j’étais très contrarié d’être mis en une situation aussi fausse envers son fils, et de ce qu’il déjouait mon désir d’une occupation très importante pour moi en ce moment, celle de m’habiller, et surtout cette odeur de boisson qui me poursuivait me dérangeait tellement que je lui répondis, très froidement, que je ne pouvais rester avec Ilinka parce que de toute la journée je ne serais pas à la maison.

— Mais vous vouliez aller chez soeurette, père, — dit Ilinka en souriant et sans me regarder, — et moi aussi j’ai à faire.

J’eus encore plus de dépit et de honte et, pour atténuer un peu mon refus, je me hâtai de leur dire que je ne serais pas à la maison ce jour-là, parce qu’il me fallait aller chez le prince Ivan Ivanovitch, chez la princesse Kornakov, chez Ivine,