Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/124

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J’étais si intimidé que je ne sais plus trop moi-même ce que j’ai dit au valet pour qu’il ne m’annonçât pas au général et pour passer d’abord chez son fils. Pendant que je montais dans ce grand escalier, il me sembla que j’étais devenu infiniment petit (non seulement au sens figuré du mot, mais au sens propre) ; j’avais éprouvé le même sentiment quand ma drojki s’était arrêtée devant le grand perron : il me semblait que la drojki, le cheval et le cocher étaient devenus tout petits. Le fils du général était couché sur le divan, avec un livre ouvert devant lui, et dormait quand j’entrai. Son gouverneur, M. Frost, qui était encore dans leur maison, avec son allure décidée, entra derrière moi dans la chambre ; il éveilla son élève. Ivine ne montra pas une joie extraordinaire en me voyant, et je remarquai qu’en causant avec moi, il regardait mes sourcils. Malgré une excessive politesse, il me sembla qu’il m’occupait de la même façon que la princesse, qu’il ne sentait pour moi aucune sympathie particulière et qu’il n’avait nul besoin de faire ma connaissance, puisqu’il en avait probablement d’autres, d’un autre milieu. Je compris cela, surtout parce qu’il regardait mes sourcils. En un mot, son attitude envers moi était — si désagréable que cela pût être pour mon amour-propre — semblable à la mienne envers llinka. Je commençais à me sentir agacé, je saisissais chacun des regards d’Ivine, et quand ils