Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/125

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rencontraient les regards de Frost, il me sembla qu’ils demandaient : « Pourquoi est-il venu chez nous ? »

Ayant causé un peu avec moi, Ivine me dit que son père et sa mère étaient à la maison, et me demanda si je ne voulais pas descendre chez eux avec lui.

— Je m’habillerai tout de suite, — ajouta t-il en passant dans une autre chambre, bien qu’il fût déjà très bien habillé en veston neuf et gilet blanc. Un moment après il revint près de moi dans un uniforme boutonné tout du long, et nous descendîmes ensemble. Les chambres de gala que nous traversâmes étaient hautes et vastes, et, comme il me sembla, meublées luxueusement. Il y avait des choses en marbre et en or, enveloppées de gaze, et beaucoup de glaces. En même temps que moi, à la porte d’une chambre située de l’autre côté du salon, parut madame Ivine. Elle me reçut très amicalement, comme un parent ; elle me fit asseoir près d’elle et m’interrogea avec sympathie sur toute ma famille.

Madame Ivine, que je n’avais aperçue que deux fois auparavant et que j’examinais maintenant très attentivement, me plut beaucoup. Elle était très grande, mince, pâle, et semblait toujours triste et fatiguée. Son sourire était triste, mais très bon, ses yeux grands, fatigués, un peu obliques, lui donnaient une expression encore plus triste et