Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/126

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plus attrayante. Elle était assise, non pas courbée, mais comme affaissée sur elle-même ; tous ses mouvements montraient son accablement. Elle parlait mollement, mais le son de sa voix et la prononciation indistincte des lettres r et l étaient très agréables. Elle ne m’occupait pas. Évidemment mes réponses sur mes parents l’impressionnaient beaucoup, comme si en m’écoutant elle se fût rappelé avec regret des jours meilleurs. Son fils sortit, elle me regarda en silence pendant à peu près deux minutes et subitement, elle fondit en larmes. J’étais assis devant elle, et ne pouvais trouver ce qu’il me fallait dire ou faire. Elle continuait de pleurer sans me regarder. D’abord j’eus pitié d’elle, ensuite je pensai : « Ne dois-je pas la consoler et comment le faire ? » et enfin je sentis du dépit contre elle qui me plaçait dans une situation si embarrassante. « Ai-je donc un aspect si lugubre ? » pensai-je. « Ou peut-être fait-elle cela exprès pour voir comment j’agirai en ce cas. »

« S’en aller maintenant n’est pas commode, j’aurais l’air de fuir ses larmes » continuais-je mentalement. Je me remuai sur ma chaise pour lui rappeler ma présence.

— Ah ! comme je suis sotte — fit-elle en me regardant et en s’efforçant de sourire. — Voilà, il y a des jours où l’on pleure sans aucune cause.

Elle chercha son mouchoir près d’elle, et subitement pleura encore plus fort.