Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/144

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plus ample connaissance avec elle, elle m’invita à passer dans leur maison une journée entière.

— Faites tout ce que vous voudrez sans vous gêner avec nous, de même que nous ne nous gênerons pas avec vous. Promenez-vous, lisez, écoutez ou dormez, si c’est plus agréable pour vous — ajouta-t-elle.

Sophie Ivanovna était une vieille fille, sœur cadette de la princesse, mais elle paraissait la plus âgée. Elle avait ce genre de complexion qui ne se rencontre que chez les vieilles filles de petite taille, très replètes et qui portent des corsets. On eût dit que toute la santé remontait vers le haut avec tant de force qu’à chaque moment elle menaçait de l’étouffer. Ses mains courtes, grosses, ne pouvaient se joindre plus bas que la pointe de son corsage, et même elle ne pouvait voir cette pointe bien tendue.

Bien que la princesse Maria Ivanovna eût les cheveux et les yeux noirs, et que Sophie Ivanovna fût blonde avec de grands yeux bleus très vifs, et en même temps câlins (ce qui est très rare), il y avait entre les deux sœurs une grande ressemblance : la même expression, le même nez, les mêmes lèvres ; seulement, chez Sophie Ivanovna le nez et les lèvres étaient un peu plus forts, et quand elle souriait, le nez s’inclinait à droite, tandis qu’il s’inclinait à gauche chez la princesse. Sophie Ivanovna, à en juger par ses vêtements et