Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/161

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du côté opposé à sa sœur, — et deuxièmement, c’est toi, au contraire, qui t’efforces de ne pas voir le bon qui est devant tes yeux.

Revenue près de nous, Sophie Ivanovna, de temps en temps, regardait avec effroi, tantôt le neveu, tantôt la nièce ou moi ; et deux fois, comme se parlant à elle-même, elle ouvrit la bouche et soupira péniblement.

— Varia, dépêche-toi de lire, je t’en prie, — fit-elle en lui tendant le livre et en lui caressant tendrement la main. — Je veux absolument savoir s’il l’a retrouvée (il me semble que dans le roman, il n’était pas du tout question que quelqu’un retrouvât un autre.) — Et toi, Mitia, tu ferais mieux d’envelopper ta joue, mon ami, il fait frais et tu auras de nouveau mal aux dents — dit-elle à son neveu, malgré le regard mécontent qu’il jeta sur elle, sans doute parce qu’elle avait interrompu la conclusion logique de ses preuves. La lecture continua.

Cette petite querelle ne dérangea nullement la tranquillité familiale et la concorde raisonnable dont ce petit cercle était plein.

Ce petit cercle, auquel la princesse Maria Ivanovna donnait visiblement le ton, avait pour moi un caractère tout nouveau, attrayant, raisonnable et en même temps simple, élégant. Ce caractère s’exprimait à mes yeux par la beauté, la propreté, le confort des objets — des sonnettes, des reliures des livres, des chaises, de la table,