Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/186

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dans l’excès contraire, la froideur, qui souvent blessait vraiment les personnes qui en ignoraient la cause. Dans l’antichambre, je me croisai avec papa, qui à petits pas rapides allait se mettre en voiture. Il avait sa redingote de Moscou, neuve et à la mode, et il était très parfumé. En me voyant, il me fit un signe joyeux de la tête, qui semblait dire : « Tu vois, est-ce bien ? » Et de nouveau je fus frappé de l’expression heureuse de ses yeux, que j’avais déjà remarquée le matin.

Le salon était la même pièce haute et claire avec le petit piano anglais en bois jaune, les grandes fenêtres ouvertes derrière lesquelles on voyait les arbres verts et les allées jaune-rougeâtre du jardin. Apres avoir embrassé Mimi et Lubotchka, en m’approchant de Katenka subitement il me vint en tête qu’il n’était plus convenable de l’embrasser, et en silence, rouge, je m’arrêtai. Katenka nullement confuse me tendit sa petite main blanche et me félicita de mon admission à l’Université. Quand Volodia entra au salon, il rencontra Katenka comme je l’avais fait moi-même. En effet, ayant grandi ensemble et se voyant chaque jour, il était difficile de savoir comment, après la première séparation, nous devions nous rencontrer. Katenka rougit beaucoup plus que nous tous. Volodia, nullement gêné, la saluant légèrement, s’approcha de Lubotchka, lui parla un peu, mais pas sérieusement et partit quelque part se promener seul.