Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/188

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joli etc. ; ou faisant un visage sérieux et intentionnellement bête, il prononçait un mot quelconque dénué de sens ou de rapport avec leur question ; il prononçait tout à coup en faisant des yeux hagards, les mots : le pain, ils sont partis ou le chou, ou autre chose de ce genre. Quand il m’arrivait de lui répéter les paroles que m’avaient dites Lubotchka ou Katenka, il me disait toujours :

— Hum… alors tu raisonnes encore avec elles ! Non, je vois que ça va encore mal.

Et il fallait le voir et l’entendre à ce moment, pour apprécier le mépris profond qui s’exprimait dans cette phrase. Depuis deux années déjà, Volodia était un grand et il s’amourachait sans cesse de toutes les jolies femmes qu’il rencontrait, mais bien qu’il vît chaque jour Katenka qui depuis deux ans portait des robes longues et embellissait de jour en jour, il ne lui venait pas en tête qu’il fût possible de s’éprendre d’elle. Était-ce dû à ce que les souvenirs prosaïques de l’enfance : la règle, les draps, les caprices, étaient trop frais à sa mémoire, ou au dédain que les très jeunes gens ont pour leurs familiers, ou à cette faiblesse commune à toute l’humanité de négliger le bon et le beau qu’on trouve sur sa route en se disant : « Bah ! j’en rencontrerai beaucoup d’autres dans ma vie » — mais en tous cas jusqu’ici Volodia ne regardait pas Katenka comme une femme.

Pendant tout cet été, visiblement, Volodia s’en-