Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/202

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tôt la situation de l’homme. Des bottes sans talons, à bouts carrés, et des bas de pantalons étroits sans sous-pieds, c’était un simple ; les bottes à bouts étroits, arrondis, à talons, et les pantalons étroits du bas, à sous-pieds, embrassant la jambe, ou les pantalons larges à sous-pieds flottant sur le bout du soulier, comme un baldaquin, c’était un homme de mauvais genre, etc.

Il est étrange que cette conception se soit si bien assujettie en moi, car j’étais d’une incapacité absolue pour le comme il faut ; mais peut-être s’est-elle enracinée si fortement en moi, précisément parce qu’il me fallait un énorme travail pour acquérir ce comme il faut. Je suis effrayé en me rappelant combien j’ai perdu de temps précieux, le meilleur de la vie d’un jeune homme de seize ans, pour acquérir cette qualité. Chez tous ceux que j’imitais — Volodia, Doubkov, et la plupart de mes connaissances — cela semblait tout naturel. Je les regardais avec envie, et, en cachette, j’étudiais la langue française, l’art de saluer sans regarder qui on salue, la conversation, les danses ; je m’efforcais à l’indifférence en tout, à l’ennui ; je soignais mes ongles, et j’avais beau me couper la chair avec les ciseaux, je comprenais qu’il me restait encore beaucoup de travail pour atteindre le but. Et bien que faisant tous mes efforts pour m’en occuper malgré mon peu de goût pour les choses pratiques, je ne pouvais arriver à arranger ma chambre,