Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/234

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crochet de fer, les allées étaient trempées et sales, les vieux bouleaux aux branches blanchâtres et nues, les buissons, les herbes, l’ortie, le groseillier, le sureau avec ses feuilles tournées de leur côté pâle, s’inclinaient du même côté et semblaient vouloir arracher leurs racines. Dans l’allée de tilleuls en tourbillonnant et s’attrapant l’une l’autre, volaient des feuilles jaunes et rondes, puis, imprégnées d’humidité, tombaient sur le sentier humide et sur l’herbe mouillée, vert sombre, des prairies. Mes pensées étaient occupées du futur mariage de mon père tel que l’envisageait Volodia.

L’avenir de ma sœur, de nous, de père même, ne me promettait rien de bon. J’étais révolté à l’idée qu’une femme étrangère et surtout jeune, sans y avoir droit, occuperait d’un coup la place… et quelle place ? Qu’une jeune demoiselle quelconque occuperait la place de feue maman ? J’étais très triste et le père me semblait de plus en plus coupable. À ce moment, j’entendis dans l’office sa voix et celle de Volodia. Je ne voulais pas voir le père maintenant et m’éloignai de la porte, mais Lubotchka vint me chercher et me dit que papa me demandait.

Il était au salon, debout, la main appuyée sur le piano, et à la fois nerveux et solennel, regardait de mon côté. Sur son visage n’était déjà plus cette expression de jeunesse et de bonheur que j’avais remarquée en lui pendant tout ce temps. Il était