Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/287

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Quand la lecture fut terminée, Zoukhine, les autres étudiants, et moi pour prouver mon désir de camaraderie, nous bûmes chacun un verre d’eau-de-vie, et, dans la bouteille, il ne resta rien. Zoukhine demanda qui avait vingt-cinq kopeks pour envoyer chercher de l’eau-de-vie par la vieille femme qui le servait, je proposai mon argent, mais Zoukhine, comme s’il ne m’avait pas entendu, s’adressa à Operov, et celui-ci, tirant une bourse en perles, lui donna la monnaie.

— Fais attention, ne t’enivre pas, — dit Operov, qui, lui-même, n’avait rien bu.

— N’aie pas peur, — répondit Zoukhine, en suçant la moelle de mouton. (Je me rappelle que j’eus alors la pensée que s’il était si intelligent, c’était parce qu’il mangeait beaucoup de moelle.) N’aie pas peur, — répéta Zoukhine en souriant un peu, et son sourire était tel qu’on le remarquait et qu’on lui en était reconnaissant. — Même si je bois, ce ne sera pas un malheur, mais regarde déjà, mon cher, qui dépassera l’autre. C’est prêt, mon ami, — ajouta-t-il en se frappant le front. — Voilà Sémenov, pourvu qu’il ne s’effondre pas ; il fait beaucoup la noce maintenant.

En effet, ce même Sémenov, aux cheveux gris, qui, lors du premier examen, m’avait rempli de joie à cause de son extérieur pire que le mien, et qui, reçu avec le numéro deux, était venu régulièrement aux cours pendant les premiers mois, s’était laissé aller à la débauche encore avant les répétitions, et, vers