Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/288

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la fin du cours, ne se montrait plus à l’Université.

— Où est-il ? demanda quelqu’un.

— Je l’ai déjà perdu de vue, — continua Zoukhine, — la dernière fois, nous avons démoli ensemble le cabaret de Lisbonne. C’était une belle histoire. Après, il lui arriva une aventure quelconque… En voilà une tête ! Quelle flamme dans cet homme ! Quel esprit ! C’est dommage qu’il se perde ainsi. Et il se perdra assurément, ce n’est pas un gamin, pour, avec ses élans, rester à l’Université.

Après avoir causé encore un peu, nous nous séparâmes en prenant rendez-vous pour le jour suivant chez Zoukhine, car son logement était le plus rapproché pour tous les autres. Quand nous fûmes tous dans la cour, j’eus un peu honte de ce que tous allaient à pied et moi seul en drojki, et je proposai à Operov de le conduire chez lui. Zoukhine sortit avec nous et empruntant un rouble à Operov, il partit quelque part pour toute la nuit. En route, Operov me parla beaucoup du caractère et de la vie de Zoukhine, et arrivé à la maison, longtemps je ne pus m’endormir en songeant à ces nouveaux hommes dont je venais de faire connaissance. J’hésitais entre l’estime pour eux, ce à quoi me disposaient leur savoir, leur simplicité, leur honnêteté et la poésie de la jeunesse, de la bravoure, et d’autre part entre la répulsion que m’inspirait leur extérieur vulgaire. Malgré tout mon désir, à cette époque, il m’était absolument impossible de