Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/297

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que j’aurais tout de suite à répondre sur un sujet que je ne connaissais pas du tout. Avec sang-froid, je regardais ceux qui revenaient de l’interrogation, et je me permettais même de me moquer de quelques-uns.

— Eh bien, Grapp ? — dis-je à Ilinka quand il revint de la table, — avez-vous eu peur ?

— Nous verrons comment vous répondrez ! — fit Ilinka qui, depuis l’entrée à l’Université, s’était révolté contre mon influence, ne souriait pas quand je lui parlais et était très mal disposé envers moi.

Je souris avec mépris à la réponse d’Ilinka, bien que le doute qu’il exprimait m’effrayât un moment. Mais de nouveau, le brouillard couvrit ce sentiment et je continuai à être distrait, indifférent, de sorte que je promis d’aller, aussitôt après l’examen, comme si c’eût été pour moi une simple bagatelle, manger chez Materne avec le baron Z***. Quand on m’appela avec Ikonine, je rajustai les pans de mon uniforme, et bien calme, je m’avançai à la table de l’examen. Ce ne fut que quand le jeune professeur, celui qui m’avait interrogé à l’examen d’entrée, me regarda droit dans le visage, et que je touchai les bouts de papier sur lesquels étaient écrites les questions, qu’un léger frisson de crainte courut dans mon dos. Ikonine, bien qu’il eût pris le billet avec le même balancement de tout le corps qu’aux examens précédents, répondit quelque