Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/298

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chose, tant bien que mal, et moi, je fis ce qu’il avait fait au premier examen, je fis même pis, parce que je pris un second billet auquel je ne répondis pas davantage. Le professeur me regarda avec pitié et d’une voix basse, mais ferme, prononça :

— Vous ne passerez pas en deuxième année, monsieur Irteniev, ce sera mieux pour vous de ne pas continuer l’examen. Il faut épurer la Faculté. Et vous non plus, monsieur Ikonine, — ajouta-t-il.

Ikonine demanda comme une aumône de repasser l’examen, mais le professeur lui répondit qu’il ne pouvait faire en deux jours ce qu’il n’avait pas fait en une année et qu’il ne passerait d’aucune manière. Ikonine supplia même humblement, mais le professeur refusa de nouveau.

— Vous pouvez vous retirer, messieurs, — nous dit-il de la même voix, pas très forte, mais ferme. C’est seulement alors que je me décidai à m’éloigner de la table, et j’avais honte, car, par ma présence silencieuse, j’avais l’air de prendre part aux supplications humiliantes d’Ikonine. Je ne me rappelle pas comment je traversai la salle pleine d’étudiants, ce que je répondis à leurs questions, comment je sortis dans le vestibule et comment j’arrivai à la maison. J’étais blessé, humilié, j’étais vraiment malheureux.

De trois jours je ne sortis pas de ma chambre, je ne vis personne, comme dans l’enfance je pris