Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/314

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


grisonnante et de cheveux épais de même teinte, étaient beaux et très expressifs. Ses yeux bleu-foncé, demi fermés, avaient un regard intelligent et insouciant. Sa bouche petite, régulière, était très proéminente au-dessous des moustaches blondes peu abondantes et exprimait, quand il souriait, la confiance en soi et une indifférence quelque peu railleuse à l’égard de tout le monde. À sa peau épaisse, à ses rides très profondes, aux veines très marquées du cou, du visage et des mains, à son dos voûté de façon anormale, et à ses jambes déformées on voyait que toute sa vie s’était passée en un travail au-dessus de ses forces. Il était vêtu d’un pantalon de toile blanche avec des pièces bleues aux genoux, et d’une chemise sale toute déchirée dans le dos et aux bras. La chemise était serrée très bas par un cordon auquel était attachée une petite clef de cuivre.

— Que Dieu t’aide ! — dit le maître en entrant dans la cour.

Tchourisenok jeta un regard circulaire et continua sa besogne. Par un effort énergique, il débarrassa la claie du toit et seulement alors, il enfonça la hache dans une bûche et en rajustant sa ceinture il s’avança au milieu de la cour.

— Je vous souhaite bien du bonheur, Excellence ! — dit-il en saluant bas et en secouant ses cheveux.

— Merci, mon cher. Je suis venu regarder ta maison — dit Nekhludov, avec une tendresse enfantine