Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/338

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ka-Moudrennï. La première était une femme forte, rouge, avec une poitrine extraordinairement développée et des joues larges et grosses. Elle portait une chemise propre, brodée aux manches et au col, un tablier brodé, une jupe neuve, des bottes, un collier et une coiffure quadrangulaire, élégante, brodée de fil rouge et de passementerie. Le bout de la palanche ne vacillait pas, mais était posé d’aplomb sur son épaule large et robuste. La tension légère qu’on remarquait à son visage rouge, à la courbe de son dos, aux mouvements réguliers des jambes et des bras, décelait en elle une santé extraordinaire et la force d’un homme. La mère d’Ukhvanka, qui portait l’autre bout de la palanche, était au contraire une de ces vieilles qui semblent arriver à la dernière limite de vieillesse et de décrépitude que peut atteindre un être vivant. Son corps décharné que recouvrait une chemise sale, déchirée, et un jupon sans couleur, était tellement courbé que la palanche était plutôt appuyée sur son dos que sur son épaule. Ses deux mains, dont les doigts déformés se cramponnaient à la palanche et la retenaient, étaient de couleur brun foncé et semblaient ne plus pouvoir se redresser. La tête baissée, enveloppée d’une guenille, portait les traces les plus affreuses de la misère et de l’extrême vieillesse. Au-dessous du front étroit, sillonné en tous sens de profondes rides, deux yeux rouges, sans cils, regardaient