Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/347

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— Excusez, vieux, très vieux, il aura vingt ans… ce cheval…

— Tais-toi, tu es un menteur et une canaille, parce que le paysan honnête ne ment jamais, il n’en a aucun besoin ! — dit Nekhludov en étouffant des sanglots de rage qui lui étreignaient la gorge. Il se tut pour ne pas avoir la honte de pleurer devant le paysan. Ukhvanka se taisait aussi et avait l’air d’un homme qui va pleurer, il reniflait et branlait un peu la tête. — Eh bien ! Avec quoi laboureras-tu quand tu auras vendu ce cheval ? — continua Nekhludov en se ressaisissant pour pouvoir parler d’une voix ordinaire : — On t’envoie exprès aux travaux de piétons pour que tu puisses te remettre un peu en labourant avec tes chevaux et tu veux vendre le dernier ? Et surtout, pourquoi mens-tu ?

Dès que le maître se calma, Ukhvanka se calma aussi. Il était debout, droit, agitait toujours les lèvres de la même façon, et promenait ses regards d’un objet à l’autre.

— Nous irons au travail pour Votr’ xcellence, pas pis que les autres, — répondit-il.

— Mais avec quoi iras-tu ?

— Soyez tranquille, nous arrangerons le travail de Vot’ xcellence, — répondit-il en criant après le cheval et en le chassant. — Si je n’avais pas besoin d’argent, est-ce que je le vendrais ?

— Pourquoi te faut-il de l’argent ?