Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/357

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Sur le poêle quelque chose remua lentement. Le pan d’une touloupe usée se montra, une longue jambe en lapoti [1] déchiré, s’abaissa, ensuite une autre, et enfin on aperçut toute la personne de Davidka Bielï, assis sur le poêle et qui paresseusement et mécontent, frottait ses yeux avec son gros poing. Lentement, la tête baissée, en bâillant, il regarda l’izba, et en apercevant le maître il commença à se remuer un peu plus vite qu’auparavant, mais toujours si lentement que Nekhludov réussit à aller trois fois de la mare au métier à tisser pendant que Davidka descendait du poêle. Davidka Bielï — comme l’indiquait ce dernier nom — était en effet presque blanc : les cheveux, le corps et le visage étaient extrêmement blancs. Il était de haute taille, très gros, mais gros comme il arrive chez les paysans, c’est-à-dire pas gros seulement du ventre, mais de tout le corps. Néanmoins, son obésité était molle, maladive. Son visage assez joli, avec des yeux bleu-clair, doux, et une barbe longue et épaisse, avait un air maladif. On ne pouvait remarquer en lui, ni la hâlure du soleil, ni la carnation des joues, tout son visage était pâle, jaune, avec un cercle bleuâtre autour des yeux, et paraissait fondu dans la graisse ou bouffi. Ses mains étaient enflées, jaunâtres, comme celles d’un homme atteint d’hydropisie, et couvertes de fins poils blancs. Il était si endormi qu’il ne

  1. Chaussures faites d’écorces tressées.