Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/378

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entra dans la grande cour des Doutlov. Le fumier devait avoir été enlevé récemment de la cour. La terre était encore noire, humide, et par endroits, surtout près de la porte cochère, étaient disséminées des brindilles rougeâtres. Dans la cour, sous les hauts auvents, étaient installés en ordre beaucoup de charrettes, d’araires, de traîneaux, de tonneaux, de cuves, et beaucoup d’instruments agricoles. Des pigeons voletaient et roucoulaient à l’ombre de larges et solides chevrons ; dans l’air on sentait la fumée et le goudron. Dans un coin, Karp et Ignate arrangeaient un morceau de bois neuf sous le siège d’une grande charrette à troïka. Les trois fils Doutlov se ressemblaient tous. Le cadet, Ilia, que Nekhludov avait rencontré dans la porte, était imberbe, de taille moyenne, plus rouge et plus élégant que les aînés. Le second, Ignate, était de plus haute taille, plus brun et portait une barbiche en pointe, et bien qu’il eût aussi des bottes, la blouse de voiturier et le chapeau de feutre, il n’avait pas cet air réjoui et insouciant du cadet. L’aîné, Karp, était encore plus grand et portait des lapti, un caftan gris et une chemise sans goussets, son air était non seulement sérieux, mais presque sombre.

— Voulez-vous qu’on envoie chercher le père, Votre Excellence ? — dit-il en s’approchant du seigneur qu’il salua un peu gauchement.

— Non, j’irai moi-même le trouver au rucher, je regarderai son installation, là-bas, et j’ai besoin de