Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/379

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te parler — dit Nekhludov en l’entraînant de l’autre côté de la cour pour qu’Ignate ne pût entendre ce qu’il avait l’intention de dire à Karp.

L’attitude assurée et un certain orgueil qu’il remarqua dans ces deux moujiks, et ce que lui avait dit la nourrice, donnaient tant de confusion au jeune seigneur qu’il lui était difficile de se décider à lui parler de ses projets. Il se sentait comme coupable devant lui et il lui semblait plus facile de parler à l’un des frères, seul. Karp était étonné d’être ainsi pris à part, mais il marcha derrière le maître.

— Voilà ce qu’il y a, — dit Nekhludov d’une voix hésitante. — Je voulais te demander si vous aviez beaucoup de chevaux ?

— Nous avons cinq troïka, il y a aussi des poulains — répondit avec aisance Karp, en se grattant le dos.

— Tes frères font le roulage ?

— Oui, nous faisons le roulage avec trois troïkas ; Et Ilucha qui est parti comme voiturier, justement vient de rentrer.

— Est-ce avantageux pour vous ? Combien cela vous rapporte-t-il ?

— Mais quel avantage, Votre Excellence ? Enfin, nous nous nourrissons avec les chevaux, et de cela, merci à Dieu.

— Alors, pourquoi ne vous occupez-vous pas d’autre chose ? Vous pourriez acheter des bois ou louer des terres.