Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/380

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— Sans doute, Votre Excellence, on pourrait louer de la terre s’il y avait une occasion.

— Voilà ce que je veux vous proposer ; au lieu de vous occuper de roulage et de ne gagner que juste pour manger, louez plutôt chez moi, trente déciatines. Je vous louerai tout le coin derrière Sapovo, et vous installerez là-bas une grande exploitation.

Et Nekhludov, entraîné par son projet d’une ferme de paysans, qu’il avait caressé si souvent, se mit à expliquer ses plans au moujik, sans s’arrêter. Karp écoutait très attentivement les paroles du maître. — Nous sommes très heureux de votre bonté — dit-il quand Nekhludov, cessant de parler, le regarda attendant la réponse — C’est connu, il n’y a rien de mal à ça. C’est mieux pour les moujiks de s’occuper de la terre que de travailler avec le fouet. Nous allons avec les étrangers, on voit des gens de toutes sortes, on se gâte. La meilleure chose pour le moujik, c’est de s’occuper de la terre.

— Alors, qu’en penses-tu ?

— Tant que le père vivra, que puis-je penser, Votre Excellence ? Il n’y a que sa volonté.

— Conduis-moi au rucher, je lui parlerai.

— Par ici, s’il vous plaît — dit Karp en se dirigeant lentement vers un hangar. Il ouvrit la petite porte qui menait au rucher, et laissant passer le maître il la referma, puis s’approcha d’Ignate et en silence, reprit le travail interrompu.