Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/391

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je te proposerais : achète avec moi un morceau de la forêt de l’État, et aussi de la terre…

— Comment donc, Votre Excellence, avec quel argent acheter ? — interrompit-il.

— Mais je te propose un petit bois de deux cents roubles environ — fit observer Nekhludov.

Le vieux sourit méchamment.

— Ce serait bien, si on avait de l’argent. Pourquoi ne pas acheter ? — fit-il.

— N’as-tu pas cet argent ? — dit le maître d’un ton de reproche.

— Oh ! notre père, Votre Excellence ! — répondit le vieux avec la tristesse dans la voix en regardant la porte — que nous ayons seulement pour nourrir la famille, ce n’est pas à nous d’acheter du bois.

— Mais tu as de l’argent, pourquoi le laisser comme ca ? — insistait Nekhludov.

Le vieux, tout à coup, s’émut, ses yeux brillèrent et ses épaules commencèrent à trembler.

— Peut-être des méchants l’ont-ils dit — fit-il d’une voix tremblante — Alors, croyez à Dieu — continua-t-il en s’animant de plus en plus et en tournant ses regards vers l’icône — eh bien ! Que mes yeux se crèvent, que je tombe raide à cette place même, si j’ai plus des quinze roubles qu’lluchka m’a rapportés, et avec cet argent, il faut payer des impôts ; vous savez vous-même, nous avons construit l’izba…

— C’est bon, c’est bon — fit le maître en se levant. — Au revoir, patrons.