Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/392

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XVIII


« Mon Dieu, mon Dieu ! » pensa Nekhludov en se dirigeant à grands pas vers sa demeure à travers les nombreuses allées du jardin touffu et en arrachant distraitement les feuilles et les branches qui se trouvaient sur sa route : « Sont-ils donc stupides tous mes rêves sur le but et le devoir de ma vie ? Pourquoi suis-je ennuyé, triste, comme si j’étais mécontent de moi-même, alors que je m’imaginais qu’une fois dans cette voie j’éprouverais toujours cette pleine satisfaction morale, que je ressentis au moment où, pour la première fois, me vinrent ces idées ? » Et avec une vivacité et une lucidité extraordinaires, son imagination le transporta d’une année en arrière, à ce moment heureux.

De très bonne heure, il se levait avant tous, et gonflé de cet enthousiasme secret, inexplicable de la jeunesse, sans but, il sortait dans le jardin, de là dans le bois et longtemps marchait seul parmi