Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/78

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joie trop vive, je ne pus me retenir, j’allai à l’écurie et à la remise, et je regardai Krasavtchik, Kouzma et la drojki ; puis je revins dans la chambre et de nouveau commençai à l’arpenter en me regardant dans le miroir, et en comptant mon argent dans ma poche, tout en souriant du même sourire heureux.

Cependant, une heure n’était pas encore écoulée que je sentis un certain ennui ou plutôt le regret de n’être vu de personne dans cette situation brillante, et j’avais le désir du mouvement, de l’activité. C’est pourquoi j’ordonnai d’atteler la drojki et décidai que le mieux pour moi était d’aller au Pont des Maréchaux pour faire des emplettes.

Je me rappelai que Volodia, lorsqu’il avait été admis à l’Université, avait acheté des lithographies de chevaux de Victor Adam, du tabac et des pipes ; je crus nécessaire de faire de même.

J’arrivai au Pont des Maréchaux, accompagné des regards qui se portaient vers moi de tous côtés, du soleil qui brillait sur mes boutons, sur la cocarde de mon chapeau et sur mon épée, et je m’arrêtai près du magasin de tableaux de Daziaro. Ayant regardé de tous côtés, j’entrai au magasin. Je ne voulais pas acheter des chevaux de Adam, pour qu’on ne pût me reprocher de singer Volodia ; mais, honteux du dérangement que je causai à un employé très obligeant, dans la hâte de choisir