Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol21.djvu/109

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Alors il lui répondit, etc. Cette tentation est plus audacieuse encore que les deux premières. De nouveau, Dieu, par sa parole toute puissante, ordonne au tentateur de s’éloigner : Va-t’en de moi, Satan ! (Deutéronome, iv, 13).


Reuss, écrivain très respecté de l’école de Tubingen, explique ainsi la tentation (pp. 179-185) :


Ce passage célèbre de l’Évangile, qui a exercé la sagacité des commentateurs plus qu’aucun autre, est connu sous le nom d’histoire de la tentation. Cette formule, cependant, n’exprime pas exactement la nature du fait relaté. Car tandis que le texte du second évangile ne parle que très vaguement d’une tentation qui dura quarante jours, celui du premier se borne à raconter explicitement trois diverses tentations qui eurent lieu après ces quarante jours. Luc enfin combine ces deux versions et les adopte toutes les deux. Cette différence n’affecte pas le fond du récit. On peut en dire autant de quelques autres que nous voulons signaler en passant, sans y attacher d’importance. Ainsi Matthieu seul dit que la tentation était le but de la retraite de Jésus au désert, l’Esprit voulant qu’il fût tenté. Les bêtes sauvages, mentionnées par Marc seul, servent simplement à exprimer d’une manière plus pittoresque l’idée de la solitude, rien ne nous obligeant de songer à des bêtes féroces. Des deux premiers textes nous recevons l’impression d’une retraite de Jésus en un lieu solitaire où il serait resté pendant quarante jours, pour s’y livrer (comme le veut l’explication populaire et usuelle) à des méditations sur son futur ministère.

Le texte de Luc, corrigé d’après les anciens manuscrits, nous suggère, au contraire, l’idée d’un séjour sans repos, d’une course agitée et prolongée, et troublée en même temps par les assauts répétés du tentateur. Puis il y a cette différence assez notable que les