Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol21.djvu/127

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homme soumis, indiquent le lien de ce passage avec les précédents, s’ils sont compris dans leur vrai sens. D’abord la voix de la chair raisonne et dit : Si tu étais le fils de Dieu et esprit, tu n’aurais pas faim ; et si tu avais faim tu pourrais par ta propre volonté faire du pain avec les pierres et satisfaire tous tes besoins. Si ayant faim, tu ne peux changer les pierres en pain, c’est que tu n’es ni fils de Dieu ni esprit. Mais tu dis que tu es fils de Dieu, en ce sens que tu espères en Dieu. Ceci encore n’est pas vrai. En effet, si tu avais espoir en Dieu, comme le fils en son père, tu ne serais pas maintenant tourmenté par la faim, tu t’abandonnerais au pouvoir de Dieu, tu ne garderais pas ta vie, tandis que tu ne te jettes pas du toit.

À cela Jésus-Christ répond qu’il ne doit rien exiger de Dieu. Plus loin on voit ce que Jésus entendait par ces paroles, mais le diable ne comprend pas cette raison. Le diable, lui, raisonne ainsi : Tu veux manger, alors procure-toi du pain. S’il était vrai que tu t’abandonnes à la volonté de Dieu, tu ne te soignerais pas, or tu veilles sur toi, donc tu ne dis pas vrai. Et la voix de la chair triomphante dit : Tu ne veux pas te soucier de la nourriture, alors ne prends pas soin de ta vie ; mais si tu prends soin de ta vie, si tu ne veux pas te jeter du haut du toit, alors pourquoi ne t’amasses-tu pas de pain ?

La voix de la chair semble vouloir forcer Jésus