Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol21.djvu/20

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


religieuse et cela depuis 1.800 ans ! Dans notre monde européen, et en Amérique, où tout marche d’une façon nouvelle, tous paraissent s’être donné le mot pour entretenir la même tromperie grossière : chacun confesse les vérités de la religion qu’il estime la seule vraie et ne remarque point que les autres font juste de même.

C’est peu. Depuis fort longtemps déjà, les libres penseurs ont raillé avec finesse et esprit cette stupidité humaine, après l’avoir dénoncée. Ils ont montré clairement que toute cette religion chrétienne, avec toutes ses ramifications, a vécu, et depuis longtemps, que le moment est venu d’adopter une nouvelle religion, et quelques-uns même ont inventé cette religion nouvelle. Mais personne ne les écoute ni ne les suit et chacun, comme auparavant, croit à sa religion particulière, chrétienne : les catholiques, à la leur ; les protestants, à la leur ; les schismatiques, à la leur ; les mormons, à la leur ; les molokhans, à la leur, et les orthodoxes, ceux-mêmes auxquels je voulais me joindre, à la leur.

Que signifie donc cela ? Pourquoi les hommes n’abandonnent-ils pas cette doctrine ? Il n’y a qu’une réponse, sur laquelle sont d’accord tous les libres penseurs, qui nient la religion, et tous ceux qui y croient. La réponse, c’est que la doctrine du Christ est très bonne, et qu’elle est si chère aux hommes qu’ils ne peuvent vivre sans elle. Mais