Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol21.djvu/392

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évangélique, compatriote. On se demande qui est πλησὶος, et il apparaît que πλησὶος c’est un étranger, un samaritain. (Luc, x, 29-37).

Voici ce que dit de ce passage, Reuss [1] :

La dernière antithèse entre le point de vue légal et celui de la morale évangélique est en quelque sorte le résumé de celles qui ont précédé et en tout cas elle en est le couronnement. La loi (Lev, xix, 18.) disait : tu aimeras ton prochain ; elle n’a dit nulle part explicitement : tu haïras ton ennemi. Mais le prochain, c’était l’Israélite, d’après les Pharisiens, c’était même seulement l’ami. La haine de l’étranger, et l’identification de l’étranger avec l’ennemi, c’étaient les conséquences naturelles, inévitables du point de vue particulariste de l’ancienne constitution religieuse. Jésus n’est donc pas injuste envers la loi en formulant son assertion comme il le fait. Ses contemporains du moins n’avaient aucun motif de le contredire à cet égard. Son accomplissement de la loi, en la ramenant à l’intention non méconnaissable du créateur, père commun de tous les hommes, établissait donc un universalisme des sentiments de fraternité tel que le monde ne l’avait point encore connu. Heureusement la formule du devoir, à cet égard, n’a pas besoin ici de commentaire, tout imparfaite qu’est toujours encore la réalisation de l’idéal. Nous nous bornerons à quelques observations de détail. Le texte de Matthieu (v, 44) a été complété dans les copies et dans les éditions vulgaires au moyen de celui de Luc, qui est plus riche d’amplifications sans rien ajouter à la pensée essentielle. L’effet de cet amour, qui ne se circonscrit pas dans les bornes tracées par les imperfections du prochain, mais qui aspire à la ressemblance de l’immensité des perfections de Dieu, c’est que le chrétien devient l’en-

  1. Pp. 212, 213.