Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol21.djvu/393

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fant de celui-ci, un fils digne de son père. Car il va sans dire que la perfection de Dieu qui nous est proposée ici comme un but idéal à poursuivre, ne peut s’entendre que de ce que nous appelons ses attributs moraux. Le fait même de l’impossibilité de jamais atteindre ce but, fait évident pour la raison et la conscience, ne doit pas être un obstacle pour la volonté ; et le texte affirme cela au point de se servir du futur et non de l’impératif pour nous faire marcher dans cette direction. Ce qui est dit du soleil qui luit pour tous indistinctement, et de la pluie qui féconde tous les champs, ne doit pas servir de preuve matérielle et directe de l’amour universel de Dieu. Car il y a aussi des fléaux dans la nature qui frappent également, sans distinction, les hommes de toutes les conditions morales. Mais c’est une image de la grâce offerte à tous, de la longanimité qui les supporte tous, par conséquent du sentiment qui doit nous animer à l’égard de tous à notre tour. Tant que l’amour, la charité, la bienfaisance et les autres sentiments et actes sociaux se règlent sur le principe de la réciprocité, ils n’ont aucune valeur : l’intérêt n’est pas un élément moral. On trouve cela chez les plus méchants, les plus vils, les plus étrangers à la connaissance du vrai Dieu.

L’amour du chrétien doit être complètement dégagé de tout élément d’intérêt.

Quelle idée Jésus a-t-il dû se faire, ou vouloir que nous nous fassions de la nature humaine, pour lui proposer un pareil but ? Serait-ce bien celle à laquelle s’est arrêtée la théologie ? Et s’il est vrai qu’ici-bas personne n’atteint ce but, a-t-il peut-être supposé ou insinué que nous l’atteindrons le lendemain de notre mort, par l’effet d’un acte de gracieuse donation ?

Il est étrange que sachant que Jésus parle des rapports avec les étrangers, Reuss invente une signification mystérieuse des mots et ne voie