Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol21.djvu/96

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comme un conte de fée, en y cherchant partout miracles et prophéties, le sermon de Jean reçoit alors un sens profond.

Ordinairement, les hommes d’Église représentent Jean comme un précurseur du Christ, et les libres penseurs comme un de ces poètes libéraux qu’on appelait prophètes, qui ne manquaient jamais parmi les Juifs et disaient des lieux communs édifiants. Mais si nous nous donnons la peine de comprendre les textes qui sont sous nos yeux, simplement, le sujet de la prédication de Jean, et un sujet très important, apparaîtra de suite.

Il est dit que le royaume du ciel ἢγγιϰε, est tout à fait proche. Aucun des prophètes n’a dit cela. Tous prédisaient que Dieu viendrait, qu’il serait roi, qu’il ferait ceci et cela, mais plus tard. Jean dit : Le royaume du ciel s’est approché tout à fait. Rien de particulier ne s’est produit, cependant il est venu. Cette caractéristique de la prédication de Jean, proclamant que le royaume du ciel est tout à fait proche, ou arrivé, ou au moins que Jésus-Christ le comprenait ainsi, est prouvée par les paroles que Jésus-Christ prononce ensuite (Luc, xvi, 16). La loi et les prophètes, avant Jean ; depuis Jean le royaume de Dieu est annoncé et chacun, en faisant un effort, y entre.

Voilà donc la première signification du sermon de Jean. Pas un prophète n’a encore dit cela. Tous les prophètes anciens, sauf Jérémie, prédisaient